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Onze minutes - Coelho Paulo | 23 août 2006 (Suite 2 )


"Tu seras châtiée. Parce que tu es inutile, tu ne connais pas les règles, tu ne sais rien du sexe, de la vie, de l'amour."
Tandis qu'il parlait, Terence se dedoublait : un homme lui expliquait calmement les règles, un autre la faisait se sentir la personne la plus misérable du monde.
"Sias tu pourquoi j'accepte cela ? Parce qu'il n'y a pas de plus grand plaisir que d'initier quelqu'un à un univers inconnu. Lui soustraire sa virginité - pas celle du corps, celle de l'âme, comprends-tu ?"
Elle comprenait.
"Aujourd'hui tu pourras poser des questions. Mais la prochaine fois, lorsque le rideau de notre théatre s'ouvrira, la pièce commencera et on ne pourra pas l'interrompre. Si elle s'arrête, c'est que nos âmes ne se seront pas accordées. Souviens-toi : c'est une pièce de théatre. Tu dois être ce personnage que tu n'as jamais eu le courage d'être. Peu à peu, tu découvriras que ce personnage, c'est toi-même, mais tant que tu ne t'en seras pas clairement rendu compte, tâche de faire semblant, d'être inventive.
- Et si je ne supporte pas la douleur?
- il n'y a pas de douleur, seulement une sensation qui se transforme en délice, en mystère. Demander " Ne me traite pas ainsi, j'ai très mal" fait partie de la pièce.
Dire "Arrête, je ne supporte plus !" en fait également partie. Donc, pour éviter le danger... Baisse la tête, ne me regarde pas !"
Maria, à genoux, baissa la tête et fixa le sol. "Pour éviter que cette relation ne cause des dommages physiques graves, nous aurons deux codes. Si l'un de nous dit "jaune", cela signifie que la violence doit être un peu réduite. S'il dit "rouge", qu'il faut s'arrêter immédiatement.
"Tu as dit "l'un de nous"?
"On alterne les rôles. L'un n'existe pas sans l'autre, et aucun ne saura humilier s'il n'est pas lui -même humilié".
C'étaient des paroles terribles, venues d'un univers qu'elle ne conniassait pas, un univers d'ombre, de boue, de pourriture. Pourtant, elle avait envie d'aller plus loin - son corps tremblait de peur et d'excitation.
La main de Trence toucha sa tête avec une tendresse inattendue.
"fin"
Il la pria de se lever sans douceur particulière, mais sans la sèche agressivité dont il avait fait preuve auparavant. Encore tremblante, Maria enfila sa veste.
Terence remarqua son état.
"Fume une cigarette avant de partir !".
- Il ne s'est rien passé.
- Ce n'était pas nécessaire. Cela fera son chemin dans ton âme. La prochaine fois que nous nous rencontrerons, tu seras prête.
- Cette soirée, valait-elle 1000 francs ?"
Il ne répondit pas. Il alluma lui aussi une cigarette, et ils terminèrent le vin, écoutèrent la musique, savourant ensemble le silence. Puis vint le moment de dire qielque chose, Maria fut surprise de ses propres paroles :
"Je ne comprends pas pourquoi j'ai envie de marcher dans cette boue.
- 1000 francs.
-Ce n'est pas cela."
Terence paraissait ravi de sa réponse.
"Moi je me suis posé cette question. Le marquis de Sade disait que les expériences les plus importantes qui puisse faire un homme sont celles qui le conduisent à l'extrême. C'est ainsi que nous apprenons, parce que cela requiert tout notre courage. Un patron qui humilie un employé ou un homme qui humilie sa femme sont seulement lâches, ou se vengent de la vie. Ils n'ont jamais osé regarder au fond de leur âme. Ils n'ont pas cherché à savoir d'où vient le désir de liberer la bête sauvage, ni à comprendre que le sexe, la douleur, l'amour sont pour l'homme des expériences limites. Seul celui qui connaît ces frontières connaît la vie; le reste n'est que passer le temps, répéter une même tâche, vieillir et mourrir sans avoir vraiment su ce que l'on fasait ici-bas."
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